Poems by Arthur Rimbaud
Sensation
Par les soirs bleus d'��t��, j'irai dans les sentiers,
Picot�� par les bl��s, fouler l'herbe menue,
R��veur, j'en sentirai la fra�0�6cheur �� mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma t��te nue.
Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais l'amour infini me montera dans l'�0�9me,
Et j'irais loin, bien loin, comme un boh��mien,
Par la nature, heureux comme avec une femme.
Oph��lie
I
Sur l'onde calme et noire o�� dorment les ��toiles
La blanche Oph��lia flotte comme un grand lys,
Flotte tr��s lentement, couch��e en ses longs voiles...
- On entend dans les bois lointains des hallalis.
Voici plus de mille ans que la triste Oph��lie
Passe, fant�0�0me blanc, sur le long fleuve noir,
Voici plus de mille ans que sa douce folie
Murmure sa romance �� la brise du soir.
Le vent baise ses seins et d��ploie en corolle
Ses grands voiles berc��s mollement par les eaux ;
Les saules frissonnants pleurent sur son ��paule,
Sur son grand front r��veur s'inclinent les roseaux.
Les n��nuphars froiss��s soupirent autour d'elle ;
Elle ��veille parfois, dans un aune qui dort,
Quelque nid, d'o�� s'��chappe un petit frisson d'aile :
- Un chant myst��rieux tombe des astres d'or.
II
�0�8 p�0�9le Oph��lia ! belle comme la neige !
Oui tu mourus, enfant, par un fleuve emport�� !
C'est que les vents tombant des grand monts de Norw��ge
T'avaient parl�� tout bas de l'�0�9pre libert�� ;
C'est qu'un souffle, tordant ta grande chevelure,
A ton esprit r��veur portait d'��tranges bruits ;
Que ton coeur ��coutait le chant de la Nature
Dans les plaintes de l'arbre et les soupirs des nuits ;
C'est que la voix des mers folles, immense r�0�9le,
Brisait ton sein d'enfant, trop humain et trop doux ;
C'est qu'un matin d'avril, un beau cavalier p�0�9le,
Un pauvre fou, s'assit muet �� tes genoux !
Ciel ! Amour ! Libert�� ! Quel r��ve, �0�0 pauvre Folle !
Tu te fondais �� lui comme une neige au feu :
Tes grandes visions ��tranglaient ta parole
- Et l'Infini terrible effara ton oeil bleu !
III
- Et le Po��te dit qu'aux rayons des ��toiles
Tu viens chercher, la nuit, les fleurs que tu cueillis ;
Et qu'il a vu sur l'eau, couch��e en ses longs voiles,
La blanche Oph��lia flotter, comme un grand lys.
15 mai 1870.
Arthur Rimbaud
Roman
I
On n'est pas s��rieux, quand on a dix-sept ans.
- Un beau soir, foin des bocks et de la limonade,
Des caf��s tapageurs aux lustres ��clatants !
- On va sous les tilleuls verts de la promenade.
Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin !
L'air est parfois si doux, qu'on ferme la paupi��re ;
Le vent charg�� de bruits - la ville n'est pas loin -
A des parfums de vigne et des parfums de bi��re...
II
-Voil�� qu'on aper�0�4oit un tout petit chiffon
D'azur sombre, encadr�� d'une petite branche,
Piqu�� d'une mauvaise ��toile, qui se fond
Avec de doux frissons, petite et toute blanche...
Nuit de juin ! Dix-sept ans ! - On se laisse griser.
La s��ve est du champagne et vous monte �� la t��te ...
On divague ; on se sent aux l��vres un baiser
Qui palpite l��, comme une petite b��te ...
III
Le coeur fou Robinsonne �� travers les romans,
Lorsque, dans la clart�� d'un p�0�9le r��verb��re,
Passe une demoiselle aux petits airs charmants,
Sous l'ombre du faux col effrayant de son p��re ...
Et, comme elle vous trouve immens��ment na�0�7f,
Tout en faisant trotter ses petites bottines,
Elle se tourne, alerte et d'un mouvement vif ...
- Sur vos l��vres alors meurent les cavatines ...
IV
Vous ��tes amoureux. Lou�� jusqu'au mois d'ao�0�4t.
Vous ��tes amoureux. - Vos sonnets La font rire.
Tous vos amis s'en vont, vous ��tes mauvais go�0�4t.
- Puis l'ador��e, un soir, a daign�� vous ��crire !...
- Ce soir-l��,... - vous rentrez aux caf��s ��clatants,
Vous demandez des bocks ou de la limonade...
- On n'est pas s��rieux, quand on a dix-sept ans
Et qu'on a des tilleuls verts sur la promenade.
Po��sies. 29 septembre 70.
Le dormeur du val.
C'est un trou de verdure o�� chante une rivi��re
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent ; o�� le soleil, de la montagne fi��re,
Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.
Un soldat jeune, bouche ouverte, t��te nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est ��tendu dans l'herbe sous la nue,
P�0�9le dans son lit vert o�� la lumi��re pleut.
Les pieds dans les gla�0�7euls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.
Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au c�0�0t�� droit.
Octobre 1870.
R��ve pour l'hiver
��... Elle
L'hiver nous irons dans un petit wagon rose
Avec des coussins bleus.
Nous serons bien. Un nid de baisers fous repose
dans chaque coin moelleux.
Tu fermeras l'oeil, pour ne point voir, par la glace,
Grimacer les ombres du soir,
Ces monstruosit��s hargneuses, populace
De d��mons noirs et de loups noirs.
Puis tu te sentiras la joue ��gratign��e...
Un petit baiser, comme une folle araign��e,
Te courra par le cou...
Et tu me diras: "Cherche!" en inclinant la t��te,
- Et nous prendrons du temps �� trouver cette b��te
- Qui voyage beaucoup...
Ma boh��me (fantaisie)
Je m'en allais, les poings dans mes poches crev��es ;
Mon paletot aussi devenait id��al ;
J'allais sous le ciel, Muse ! et j'��tais ton f��al ;
Oh ! l�� l�� ! que d'amours splendides j'ai r��v��es !
Mon unique culotte avait un large trou.
- Petit-Poucet r��veur, j'��grenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge ��tait �� la Grande-Ourse.
- Mes ��toiles au ciel avaient un doux frou-frou
Et je les ��coutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de septembre o�� je sentais des gouttes
De ros��e �� mon front, comme un vin de vigueur ;
O��, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les ��lastiques
De mes souliers bless��s, un pied pr��s de mon coeur !
Mes petites amoureuses
Un hydrolat lacrymal lave
Les cieux vert-chou :
Sous l'arbre tendronnier qui bave,
Vos caoutchoucs
Blancs de lunes particuli��res
Aux pialats ronds,
Entrechoquez vos genouill��res,
Mes laiderons !
Nous nous aimions �� cette ��poque,
Bleu laideron !
On mangeait des oeufs �� la coque
Et du mouron !
Un soir, tu me sacras po��te,
Blond laideron :
Descends ici, que je te fouette
En mon giron ;
J'ai d��gueul�� ta bandoline,
Noir laideron ;
Tu couperais ma mandoline
Au fil du front.
Pouah ! mes salives dess��ch��es,
Roux laideron,
Infectent encor les tranch��es
De ton sein rond !
�0�8 mes petites amoureuses,
Que je vous hais !
Plaquez de fouffes douloureuses
Vos t��tons laids !
Pi��tinez mes vieilles terrines
De sentiment ;
- Hop donc ! soyez-moi ballerines
Pour un moment !...
Vos omoplates se d��bo�0�6tent,
0 mes amours !
Une ��toile �� vos reins qui boitent
Tournez vos tours !
Et c'est pourtant pour ces ��clanches
Que j'ai rim�� !
Je voudrais vous casser les hanches
D'avoir aim�� !
Fade amas d'��toiles rat��es,
Comblez les coins !
- Vous cr��verez en Dieu, b�0�9t��es
D'ignobles soins !
Sous les lunes particuli��res
Aux pialats ronds,
Entrechoquez vos genouill��res,
Mes laiderons !
A Monsieur Th��odore de Banville
Ce qu'on dit au Po��te �� propos de fleurs
space.gif I
Ainsi, toujours, vers l'azur noir
O�� tremble la mer des topazes,
Fonctionneront dans ton soir
Les Lys, ces clyst��res d'extases !
A notre ��poque de sagous,
Quand les Plantes sont travailleuses,
Le Lys boira les bleus d��go�0�4ts
Dans tes Proses religieuses !
- Le lys de monsieur de Kerdrel,
Le Sonnet de mil huit cent trente,
Le Lys qu'on donne au M��nestrel
Avec l'oeillet et l'amarante !
Des lys ! Des lys ! On n'en voit pas !
Et dans ton Vers, tel que les manches
Des P��cheresses aux doux pas,
Toujours frissonnent ces fleurs blanches !
Toujours, Cher, quand tu prends un bain,
Ta chemise aux aisselles blondes
Se gonfle aux brises du matin
Sur les myosotis immondes !
L'amour ne passe �� tes octrois
Que les Lilas, - �0�0 balan�0�4oires !
Et les Violettes du Bois,
Crachats sucr��s des Nymphes noires !...
space.gif II
�0�8 Po��tes, quand vous auriez
Les Roses, les Roses souffl��es,
Rouges sur tiges de lauriers,
Et de mille octaves enfl��es !
Quand Banville en ferait neiger,
Sanguinolentes, tournoyantes,
Pochant l'oeil fou de l'��tranger
Aux lectures mal bienveillantes !
De vos for��ts et de vos pr��s,
�0�8 tr��s paisibles photographes !
La Flore est diverse �� peu pr��s
Comme des bouchons de carafes !
Toujours les v��g��taux Fran�0�4ais,
Hargneux, phtisiques, ridicules,
O�� le ventre des chiens bassets
Navigue en paix, aux cr��puscules ;
Toujours, apr��s d'affreux dessins
De Lotos bleus ou d'H��lianthes,
Estampes roses, sujets saints
Pour de jeunes communiantes !
L'Ode A�0�4oka cadre avec la
Strophe en fen��tre de lorette ;
Et de lourds papillons d'��clat
Fientent sur la P�0�9querette.
Vieilles verdures, vieux galons !
�0�8 croquignoles v��g��tales !
Fleurs fantasques des vieux Salons !
- Aux hannetons, pas aux crotales,
Ces poupards v��g��taux en pleurs
Que Grandville e�0�4t mis aux lisi��res,
Et qu'allait��rent de couleurs
De m��chants astres �� visi��res !
Oui, vos bavures de pipeaux
Font de pr��cieuses glucoses !
- Tas d'oeufs frits dans de vieux chapeaux,
Lys, A�0�4okas, Lilas et Roses !...
space.gif III
�0�8 blanc Chasseur, qui cours sans bas
A travers le P�0�9tis panique,
Ne peux-tu pas, ne dois-tu pas
Conna�0�6tre un peu ta botanique ?
Tu ferais succ��der, je crains,
Aux Grillons roux les Cantharides,
L'or des Rios au bleu des Rhins, -
Bref, aux Norw��ges les Florides :
Mais, Cher, l'Art n'est plus, maintenant,
- C'est la v��rit��, - de permettre
A l'Eucalyptus ��tonnant
Des constrictors d'un hexam��tre ;
L�� !... Comme si les Acajous
Ne servaient, m��me en nos Guyanes,
Qu'aux cascades des sapajous,
Au lourd d��lire des lianes !
- En somme, une Fleur, Romarin
Ou Lys, vive ou morte, vaut-elle
Un excr��ment d'oiseau marin ?
Vaut-elle un seul pleur de chandelle ?
- Et j'ai dit ce que je voulais !
Toi, m��me assis l��-bas, dans une
Cabane de bambous, - volets
Clos, tentures de perse brune, -
Tu torcherais des floraisons
Dignes d'Oises extravagantes !...
- Po��te ! ce sont des raisons
Non moins risibles qu'arrogantes !...
space.gif IV
Dis, non les pampas printaniers
Noirs d'��pouvantables r��voltes,
Mais les tabacs, les cotonniers !
Dis les exotiques r��coltes !
Dis, front blanc que Ph��bus tanna,
De combien de dollars se rente
Pedro Velasquez, Habana ;
Incague la mer de Sorrente
O�� vont les Cygnes par milliers ;
Que tes strophes soient des r��clames
Pour l'abatis des mangliers
Fouill��s des Hydres et des lames !
Ton quatrain plonge aux bois sanglants
Et revient proposer aux Hommes
Divers sujets de sucres blancs,
De pectoraires et de gommes !
Sachons par Toi si les blondeurs
Des Pics neigeux, vers les Tropiques,
Sont ou des insectes pondeurs
Ou des lichens microscopiques !
Trouve, �0�0 Chasseur, nous le voulons,
Quelques garances parfum��es
Que la Nature en pantalons
Fasse ��clore ! - pour nos Arm��es !
Trouve, aux abords du Bois qui dort,
Les fleurs, pareilles �� des mufles,
D'o�� bavent des pommades d'or
Sur les cheveux sombres des Buffles !
Trouve, aux pr��s fous, o�� sur le Bleu
Tremble l'argent des pubescences,
Des calices pleins d'oeufs de feu
Qui cuisent parmi les essences !
Trouve des Chardons cotonneux
Dont dix �0�9nes aux yeux de braises
Travaillent �� filer les noeuds !
Trouve des Fleurs qui soient des chaises !
Oui, trouve au coeur des noirs filons
Des fleurs presque pierres, - fameuses ! -
Qui vers leurs durs ovaires blonds
Aient des amygdales gemmeuses !
Sers-nous, �0�0 Farceur, tu le peux,
Sur un plat de vermeil splendide
Des rago�0�4ts de Lys sirupeux
Mordant nos cuillers Alf��nide !
space.gif V
Quelqu'un dira le grand Amour,
Voleur des sombres Indulgences :
Mais ni Renan, ni le chat Murr
N'ont vu les Bleus Thyrses immenses !
Toi, fais jouer dans nos torpeurs,
Par les parfums les hyst��ries ;
Exalte-nous vers les candeurs
Plus candides que les Maries...
Commer�0�4ant ! colon ! m��dium !
Ta Rime sourdra, rose ou blanche,
Comme un rayon de sodium,
Comme un caoutchouc qui s'��panche !
De tes noirs Po��mes, - Jongleur !
Blancs, verts, et rouges dioptriques,
Que s'��vadent d'��tranges fleurs
Et des papillons ��lectriques !
Voil�� ! c'est le Si��cle d'enfer !
Et les poteaux t��l��graphiques
Vont orner, - lyre aux chants de fer,
Tes omoplates magnifiques !
Surtout, rime une version
Sur le mal des pommes de terre !
- Et, pour la composition
De po��mes pleins de myst��re
Qu'on doive lire de Tr��guier
A Paramaribo, rach��te
Des Tomes de Monsieur Figuier,
- Illustr��s ! - chez Monsieur Hachette !
14 juillet 1871.
Alcide Bava.
A. R.
Le bateau ivre
Comme je descendais des Fleuves impassibles,
Je ne me sentis plus guid�� par les haleurs :
Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles
Les ayant clou��s nus aux poteaux de couleurs.
J'��tais insoucieux de tous les ��quipages,
Porteur de bl��s flamands ou de cotons anglais.
Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages
Les Fleuves m'ont laiss�� descendre o�� je voulais.
Dans les clapotements furieux des mar��es
Moi l'autre hiver plus sourd que les cerveaux d'enfants,
Je courus ! Et les P��ninsules d��marr��es
N'ont pas subi tohu-bohus plus triomphants.
La temp��te a b��ni mes ��veils maritimes.
Plus l��ger qu'un bouchon j'ai dans�� sur les flots
Qu'on appelle rouleurs ��ternels de victimes,
Dix nuits, sans regretter l'oeil niais des falots !
Plus douce qu'aux enfants la chair des pommes sures,
L'eau verte p��n��tra ma coque de sapin
Et des taches de vins bleus et des vomissures
Me lava, dispersant gouvernail et grappin
Et d��s lors, je me suis baign�� dans le Po��me
De la Mer, infus�� d'astres, et lactescent,
D��vorant les azurs verts ; o��, flottaison bl��me
Et ravie, un noy�� pensif parfois descend ;
O��, teignant tout �� coup les bleuit��s, d��lires
Et rythmes lents sous les rutilements du jour,
Plus fortes que l'alcool, plus vastes que nos lyres,
Fermentent les rousseurs am��res de l'amour !
Je sais les cieux crevant en ��clairs, et les trombes
Et les ressacs et les courants : Je sais le soir,
L'aube exalt��e ainsi qu'un peuple de colombes,
Et j'ai vu quelque fois ce que l'homme a cru voir !
J'ai vu le soleil bas, tach�� d'horreurs mystiques,
Illuminant de longs figements violets,
Pareils �� des acteurs de drames tr��s-antiques
Les flots roulant au loin leurs frissons de volets !
J'ai r��v�� la nuit verte aux neiges ��blouies,
Baiser montant aux yeux des mers avec lenteurs,
La circulation des s��ves inou�0�7es,
Et l'��veil jaune et bleu des phosphores chanteurs !
J'ai suivi, des mois pleins, pareille aux vacheries
Hyst��riques, la houle �� l'assaut des r��cifs,
Sans songer que les pieds lumineux des Maries
Pussent forcer le mufle aux Oc��ans poussifs !
J'ai heurt��, savez-vous, d'incroyables Florides
M��lant aux fleurs des yeux de panth��res �� peaux
D'hommes ! Des arcs-en-ciel tendus comme des brides
Sous l'horizon des mers, �� de glauques troupeaux !
J'ai vu fermenter les marais ��normes, nasses
O�� pourrit dans les joncs tout un L��viathan !
Des ��croulement d'eau au milieu des bonaces,
Et les lointains vers les gouffres cataractant !
Glaciers, soleils d'argent, flots nacreux, cieux de braises !
��chouages hideux au fond des golfes bruns
O�� les serpents g��ants d��vor��s de punaises
Choient, des arbres tordus, avec de noirs parfums !
J'aurais voulu montrer aux enfants ces dorades
Du flot bleu, ces poissons d'or, ces poissons chantants.
- Des ��cumes de fleurs ont berc�� mes d��rades
Et d'ineffables vents m'ont ail�� par instants.
Parfois, martyr lass�� des p�0�0les et des zones,
La mer dont le sanglot faisait mon roulis doux
Montait vers moi ses fleurs d'ombres aux ventouses jaunes
Et je restais, ainsi qu'une femme �� genoux...
Presque �0�6le, balottant sur mes bords les querelles
Et les fientes d'oiseaux clabaudeurs aux yeux blonds
Et je voguais, lorsqu'�� travers mes liens fr��les
Des noy��s descendaient dormir, �� reculons !
Or moi, bateau perdu sous les cheveux des anses,
Jet�� par l'ouragan dans l'��ther sans oiseau,
Moi dont les Monitors et les voiliers des Hanses
N'auraient pas rep��ch�� la carcasse ivre d'eau ;
Libre, fumant, mont�� de brumes violettes,
Moi qui trouais le ciel rougeoyant comme un mur
Qui porte, confiture exquise aux bons po��tes,
Des lichens de soleil et des morves d'azur,
Qui courais, tach�� de lunules ��lectriques,
Planche folle, escort�� des hippocampes noirs,
Quand les juillets faisaient crouler �� coups de triques
Les cieux ultramarins aux ardents entonnoirs ;
Moi qui tremblais, sentant geindre �� cinquante lieues
Le rut des B��h��mots et les Maelstroms ��pais,
Fileur ��ternel des immobilit��s bleues,
Je regrette l'Europe aux anciens parapets !
J'ai vu des archipels sid��raux ! et des �0�6les
Dont les cieux d��lirants sont ouverts au vogueur :
- Est-ce en ces nuits sans fond que tu dors et t'exiles,
Million d'oiseaux d'or, �0�0 future Vigueur ? -
Mais, vrai, j'ai trop pleur�� ! Les Aubes sont navrantes.
Toute lune est atroce et tout soleil amer :
L'�0�9cre amour m'a gonfl�� de torpeurs enivrantes.
�0�0 que ma quille ��clate ! �0�0 que j'aille �� la mer !
Si je d��sire une eau d'Europe, c'est la flache
Noire et froide o�� vers le cr��puscule embaum��
Un enfant accroupi plein de tristesses, l�0�9che
Un bateau fr��le comme un papillon de mai.
Je ne puis plus, baign�� de vos langueurs, �0�0 lames,
Enlever leur sillage aux porteurs de cotons,
Ni traverser l'orgueil des drapeaux et des flammes,
Ni nager sous les yeux horribles des pontons.
Voyelles
A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles,
Je dirai quelque jour vos naissances latentes :
A, noir corset velu des mouches ��clatantes
Qui bombinent autour des puanteurs cruelles,
Golfes d'ombre ; E, candeur des vapeurs et des tentes,
Lances des glaciers fiers, rois blancs, frissons d'ombelles ;
I, pourpres, sang crach��, rire des l��vres belles
Dans la col��re ou les ivresses p��nitentes ;
U, cycles, vibrements divins des mers virides,
Paix des p�0�9tis sem��s d'animaux, paix des rides
Que l'alchimie imprime aux grands fronts studieux ;
O, supr��me Clairon plein des strideurs ��tranges,
Silence travers��s des Mondes et des Anges :
- O l'Om��ga, rayon violet de Ses Yeux !
Chanson de la plus haute tour
Oisive jeunesse
A tout asservie,
Par d��licatesse
J'ai perdu ma vie.
Ah ! Que le temps vienne
O�� les coeurs s'��prennent.
Je me suis dit : laisse,
Et qu'on ne te voie :
Et sans la promesse
De plus hautes joies.
Que rien ne t'arr��te,
Auguste retraite.
J'ai tant fait patience
Qu'a jamais j'oublie ;
Craintes et souffrances
Aux cieux sont parties.
Et la soif malsaine
Obscurcit mes veines.
Ainsi la Prairie
A l'oubli livr��e,
Grandie, et fleurie
D'encens et d'ivraies
Au bourdon farouche
De cent sales mouches.
Ah! Mille veuvages
De la si pauvre �0�9me
Qui n'a que l'image
De la Notre-Dame !
Est-ce que l'on prie
La Vierge Marie ?
Oisive jeunesse
A tout asservie,
Par d��licatesse.
J'ai perdu ma vie.
Ah ! Que le temps vienne
O�� les coeurs s'��prennent !
Mai 1872.
L'Eternit��
Elle est retrouv��e.
Quoi? - L'Eternit��.
C'est la mer all��e
Avec le soleil.
Ame sentinelle,
Murmurons l'aveu
De la nuit si nulle
Et du jour en feu.
Des humains suffrages,
Des communs ��lans
L�� tu te d��gages
Et voles selon.
Puisque de vous seules,
Braises de satin,
Le Devoir s'exhale
Sans qu'on dise : enfin.
L�� pas d'esp��rance,
Nul orietur.
Science avec patience,
Le supplice est s�0�4r.
Elle est retrouv��e.
Quoi ? - L'Eternit��.
C'est la mer all��e
Avec le soleil.
Mai 1872.
Alchimie du verbe
marge droite A moi. L'histoire d'une de mes folies.
Depuis longtemps je me vantais de poss��der tous les paysages possibles, et
trouvais d��risoires les c��l��brit��s de la peinture et de la po��sie moderne.
J'aimais les peintures idiotes, dessus de portes, d��cors, toiles de saltimbanques,
enseignes, enluminures populaires ; la litt��rature d��mod��e, latin d'��glise,
livres ��rotiques sans orthographe, romans de nos a�0�7eules, contes de f��es, petits
livres de l'enfance, op��ras vieux, refrains niais, rythmes na�0�7fs.
Je r��vais croisades, voyages de d��couvertes dont on n'a pas de relations,
r��publiques sans histoires, guerres de religion ��touff��es, r��volutions de
moeurs, d��placements de races et de continents : je croyais �� tous les
enchantements.
J'inventai la couleur des voyelles ! - A noir, E blanc, I rouge, O bleu,
U vert. - Je r��glai la forme et le mouvement de chaque consonne, et, avec
des rythmes instinctifs, je me flattai d'inventer un verbe po��tique accessible,
un jour ou l'autre, �� tous les sens. Je r��servais la traduction.
Ce fut d'abord une ��tude. J'��crivais des silences, des nuits, je notais
l'inexprimable. Je fixais des vertiges.
Adieu
L'automne, d��j�� ! - Mais pourquoi regretter un ��ternel soleil, si nous sommes
engag��s �� la d��couverte de la clart�� divine, - loin des gens qui meurent sur
les saisons.
L'automne. Notre barque ��lev��e dans les brumes immobiles tourne vers le port
de la mis��re, la cit�� ��norme au ciel tach�� de feu et de boue. Ah ! les haillons
pourris, le pain tremp�� de pluie, l'ivresse, les mille amours qui m'ont crucifi�� !
Elle ne finira donc point cette goule reine de millions d'�0�9mes et de corps morts
et qui seront jug��s ! Je me revois la peau rong��e par la boue et la peste, des vers
plein les cheveux et les aisselles et encore de plus gros vers dans le coeur, ��tendu
parmi les inconnus sans �0�9ge, sans sentiment... J'aurais pu y mourir... L'affreuse
��vocation ! J'ex��cre la mis��re.
Et je redoute l'hiver parce que c'est la saison du confort !
- Quelquefois je vois au ciel des plages sans fin couvertes de blanches nations
en joie. Un grand vaisseau d'or, au-dessus de moi, agite ses pavillons multicolores
sous les brises du matin. J'ai cr���� toutes les f��tes, tous les triomphes, tous les
drames. J'ai essay�� d'inventer de nouvelles fleurs, de nouveaux astres, de nouvelles
chairs, de nouvelles langues. J'ai cru acqu��rir des pouvoirs surnaturels. Eh bien !
je dois enterrer mon imagination et mes souvenirs ! Une belle gloire d'artiste et
de conteur emport��e !
Moi ! moi qui me suis dit mage ou ange, dispens�� de toute morale, je suis rendu
au sol, avec un devoir �� chercher, et la r��alit�� rugueuse �� ��treindre ! Paysan !
Suis-je tromp�� ? la charit�� serait-elle soeur de la mort, pour moi ?
Enfin, je demanderai pardon pour m'��tre nourri de mensonge. Et allons.
Mais pas une main amie ! et o�� puiser le secours ?
Aube
marge droite J'ai embrass�� l'aube d'��t��.
Rien ne bougeait encore au front des palais. L'eau ��tait morte. Les camps d'ombres
ne quittaient pas la route du bois. J'ai march��, r��veillant les haleines vives et
ti��des, et les pierreries regard��rent, et les ailes se lev��rent sans bruit.
La premi��re entreprise fut, dans le sentier d��j�� empli de frais et bl��mes ��clats,
une fleur qui me dit son nom.
Je ris au wasserfall blond qui s'��chevela �� travers les sapins: �� la cime argent��e
je reconnus la d��esse.
Alors, je levai un �� un les voiles. Dans l'all��e, en agitant les bras. Par la plaine,
o�� je l'ai d��nonc��e au coq. A la grand'ville elle fuyait parmi les clochers et les
d�0�0mes, et courant comme un mendiant sur les quais de marbre, je la chassais.
En haut de la route, pr��s d'un bois de lauriers, je l'ai entour��e avec ses voiles
amass��s, et j'ai senti un peu son immense corps. L'aube et l'enfant tomb��rent au
bas du bois.
Au r��veil il ��tait midi.
Marine
Les chars d'argent et de cuivre -
Les proues d'acier et d'argent -
Battent l'��cume, -
Soul��vent les souches des ronces.
Les courants de la lande,
Et les orni��res immenses du reflux
Filent circulairement vers l'est,
Vers les piliers de la for��t, -
Vers les f�0�4ts de la jet��e,
Dont l'angle est heurt�� par des
tourbillons de lumi��re.
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