Elsa
Tandis que je parlais le langage des vers
Elle s'est doucement tendrement endormie
Comme une maison d'ombre au creux de notre vie
Une lampe baiss�e au coeur des myrtes verts
Sa joue a retrouv� le printemps du repos
O corps sans poids pose dans un songe de toile
Ciel form� de ses yeux � l'heure des �toiles
Un jeune sang l'habite au couvert de sa peau
La voila qui reprend le versant de ses fables
Dieu sait ob�issant � quels lointains signaux
Et c'est toujours le bal la neige les tra�neaux
Elle a rejoint la nuit dans ses bras adorables
Je vois sa main bouger Sa bouche Et je me dis
Qu'elle reste pareille aux marches du silence
Qui m'�chappe pourtant de toute son enfance
Dans ce pays secret � mes pas interdit
Je te supplie amour au nom de nous ensemble
De ma suppliciante et folle jalousie
Ne t'en va pas trop loin sur la pente choisie
Je suis aupr�s de toi comme un saule qui tremble
J'ai peur �perdument du sommeil de tes yeux
Je me ronge le coeur de ce coeur que j'�coute
Amour arr�te-toi dans ton r�ve et ta route
Rends-moi ta conscience et mon mal merveilleux
La Rose et le R�s�da
Celuiqui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Tous deux adoraient la belle
Prisonni�re des soldats
Lequel montait � l'�chelle
Et lequel guettait en bas
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Qu'importe comment s'appelle
Cette clart� sur leur pas
Que l'un fut de la chapelle
Et l'autre s'y d�rob�t
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Tous les deux �taient fid�les
Des l�vres du coeur des bras
Et tous les deux disaient qu'elle
Vive et qui vivra verra
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Quand les bl�s sont sous la gr�le
Fou qui fait le d�licat
Fou qui songe � ses querelles
Au coeur du commun combat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Du haut de la citadelle
La sentinelle tira
Par deux fois et l'un chancelle
L'autre tombe qui mourra
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Ils sont en prison Lequel
A le plus triste grabat
Lequel plus que l'autre g�le
Lequel pr�f�re les rats
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Un rebelle est un rebelle
Deux sanglots font un seul glas
Et quand vient l'aube cruelle
Passent de vie � tr�pas
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
R�p�tant le nom de celle
Qu'aucun des deux ne trompa
Et leur sang rouge ruisselle
M�me couleur m�me �clat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Il coule il coule il se m�le
� la terre qu'il aima
Pour qu'� la saison nouvelle
M�risse un raisin muscat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
L'un court et l'autre a des ailes
De Bretagne ou du Jura
Et framboise ou mirabelle
Le grillon rechantera
Dites fl�te ou violoncelle
Le double amour qui br�la
L'alouette et l'hirondelle
La rose et le r�s�da
Vers � danser
Que ce soit dimanche ou lundi
Soir ou matin minuit midi
Dans l'enfer ou le paradis
Les amours aux amours ressemblent
C'�tait hier que je t'ai dit
Nous dormirons ensemble
C'�tait hier et c'est demain
Je n'ai plus que toi de chemin
J'ai mis mon coeur entre tes mains
Avec le tien comme il va l'amble
Tout ce qu'il a de temps humain
Nous dormirons ensemble
Mon amour ce qui fut sera
Le ciel est sur nous comme un drap
J'ai referm� sur toi mes bras
Et tant je t'aime que j'en tremble
Aussi longtemps que tu voudras
Nous dormirons ensemble
Les Yeux d'Elsa
Tes yeux sont si profonds qu'en me penchant pour boire
J'ai vu tous les soleils y venir se mirer
S'y jeter � mourir tous les d�sesp�r�s
Tes yeux sont si profonds que j'y perds la m�moire
� l'ombre des oiseaux c'est l'oc�an troubl�
Puis le beau temps soudain se l�ve et tes yeux changent
L'�t� taille la nue au tablier des anges
Le ciel n'est jamais bleu comme il l'est sur les bl�s
Les vents chassent en vain les chagrins de l'azur
Tes yeux plus clairs que lui lorsqu'une larme y luit
Tes yeux rendent jaloux le ciel d'apr�s la pluie
Le verre n'est jamais si bleu qu'� sa brisure
M�re des Sept douleurs � lumi�re mouill�e
Sept glaives ont perc� le prisme des couleurs
Le jour est plus poignant qui point entre les pleurs
L'iris trou� de noir plus bleu d'�tre endeuill�
Tes yeux dans le malheur ouvrent la double br�che
Par o� se reproduit le miracle des Rois
Lorsque le coeur battant ils virent tous les trois
Le manteau de Marie accroch� dans la cr�che
Une bouche suffit au mois de Mai des mots
Pour toutes les chansons et pour tous les h�las
Trop peu d'un firmament pour des millions d'astres
Il leur fallait tes yeux et leurs secrets g�meaux
L'enfant accapar� par les belles images
�carquille les siens moins d�mesur�ment
Quand tu fais les grands yeux je ne sais si tu mens
On dirait que l'averse ouvre des fleurs sauvages
Cachent-ils des �clairs dans cette lavande o�
Des insectes d�font leurs amours violentes
Je suis pris au filet des �toiles filantes
Comme un marin qui meurt en mer en plein mois d'ao�t
J'ai retir� ce radium de la pechblende
Et j'ai br�l� mes doigts � ce feu d�fendu
� paradis cent fois retrouv� reperdu
Tes yeux sont mon P�rou ma Golconde mes Indes
Il advint qu'un beau soir l'univers se brisa
Sur des r�cifs que les naufrageurs enflamm�rent
Moi je voyais briller au-dessus de la mer
Les yeux d'Elsa les yeux d'Elsa les yeux d'Elsa