Poems by Guillaume Apollinaire

Mai

Le mai le joli mai en barque sur le Rhin
Des dames regardaient du haut de la montagne
Vous �tes si jolies mais la barque s��loigne
Qui donc a fait pleurer les saules riverains

Or des vergers fleuris se figeaient en arri�re
Les p�tales tomb�s des cerisiers de mai
Sont les ongles de celle que j�ai tant aim�e
Les p�tales fl�tris sont comme ses paupi�res

Sur le chemin du bord du fleuve lentement
Un ours un singe un chien men�s par des tziganes
Suivaient une roulotte tra�n�e par un �ne
Tandis que s��loignait dans les vignes rh�nanes
Sur un fifre lointain un  air de r�giment

Le mai le joli mai a par� les ruines
De lierre de vigne vierge et de rosiers
Le vent du Rhin secoue sur le bord les osiers
Et les roseaux jaseurs et les fleurs nues des vignes


NUIT RH�NANE

Mon verre est plein d'un vin trembleur comme une flamme
�coutez la chanson lente d'un batelier
Qui raconte avoir vu sous la lune sept femmes
Tordre leurs cheveux verts et longe jusqu'� leurs pieds

Debout chantez plus haut en dansant une ronde
Que je n'entende plus le chant du batelier
Et mettez pr�s de moi toutes les filles blondes
Au regard immobile aux nattes repli�es

Le Rhin le Rhin est ivre o� les vignes se mirent
Tout l'or des nuits tombe en tremblant s'y refl�ter
La voix chante toujours � en r�le-mourir
Ces f�es aux cheveux verts qui incantent l'�t�

Mon verre s'est bris� comme un �clat de rire

1902


LA LORELEY

A Jean S�ve

A Bacharach il y avait une sorci�re blonde
Qui laissait mourir d'amour tous les hommes � la ronde

Devant son tribunal l'�v�que la fit citer
D'avance il l'absolvir � cause de sa beaut�

0 belle Loreley aux yeux pleins de pierreries
De quel magicien tiens-tu ta sorcellerie

Je suis lasse de vivre er mes yeux sont maudits
Ceux qui m'ont regard�e �v�que en ont p�ri

Mes yeux ce sont des flammes et non des pierreries
Jetez jetez aux flammes cette sorcellerie

Je flambe dans ces flammes o belle Loreley
Qu'un autre te condamme tu m'as ensorcel�

Ev�que vous riez Priez plut�t pour moi la Vierge
Faites-moi donc mourir et que Dieu vous prot�ge

Mon amant est parti pour un pays lointain
Faites-moi donc mourir puisque je n�aime rien

Mon coeur me fait si mal il faut bien que je meure
Si je me regardais il faudrait que j'en meure

Mon coeur me fait si mal depuis qu'il n'est plus la
Mon coeur me fit si mal du jour o� il s'en alla

L'�v�quc fit venir trois chevalicrs avec leurs lances
Menez jusqu'au couvent cette femme en d�mence

Va-t'en Lore en folie va Lore aux yeux tremblants
Tu seras une nonne v�tuc de noir et blanc

Puis ils s'en all�rent sur la route tous les quatre
La Loreley les implorait et ses yeux brillaient comme des astres

Chevaliers laissez-moi monter sur ce rocher si haut
Pour voir une fois encore mon beau ch�teau

Pour me mirer une fois encore dans le fleuve
Puis j'irai au couvent des vierges et des veuves

L�-haut le vent tordait ses cheveux d�roul�s
Les chevaliers criaient Loreley Loreley

Tout l�-bas sur le Rhin s'en vient une nacelle
Et mon amant s�y tient il m'a vue il m'appelle

Mon coeur devient si doux c'est mon amant qui vient
Elle se penche alors et tombe dans le Rhin

Pour avoir vu dans l'eau la belle Loreley
Ses yeux couleur du Rhin ses cheveux de soleil

1902


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